Cancer et nanotechnologies : entre espoirs et questionnements. Retour sur une conférence grand public

D’après la conférence du professeur François Berger, INSERM U1205 de Grenoble, le 24 janvier 2018 à Lyon à l’occasion de la célébration du centenaire de la Ligue contre le cancer.

A côté des thérapies anticancéreuses classiques ; chirurgie, chimiothérapie, radiothérapie, on s’intéresse de plus en plus aux thérapies ciblées, voire personnalisées à l’aide de nanoparticules.

Le problème du traitement des gliomes a été choisi pour traiter le thème de la conférence, les gliomes et les métastases du cerveau étant devenus la 3ème cause de cancer. Il s’agit de cancers difficiles à aborder car ils se développent au niveau d’un organe tellement complexe et vital, avec pronostic très sombre.

En effet, la chirurgie sous stéréotaxie permet une faible espérance de vie qui peut être prolongée de quelques mois à l’aide d’une combinaison chimio-radio thérapie. L’utilisation d’anti-angiogéniques inhibant la néovascularisation et donc l’apport d’oxygène aux cellules tumorales s’est révélé décevant. De plus, il a été découvert que des tissus tumoraux vivaient très bien en l’absence d’oxygène en adoptant un métabolisme énergétique proche de la fermentation. A noter, de façon intéressante, que la stimulation électrique est aussi efficace que la chimiothérapie.

– Emploi de particules de silicium (Si) pour localiser, puis traiter des tumeurs dans le cerveau, mais réaction de type toxoplasmose. D’où application plutôt tournée vers les lymphomes.

– Approche par chimie endoscopique ou opti-print : l’objectif étant de rendre les cellules tumorales fluorescentes pour mieux les repérer et les éradiquer.

– La stratégie « siARN » (rendre silencieux les ARN en charge de l’expression des gènes). Si elle donne de bons résultats dans les modèles précliniques animaux, en revanche, elle n’est pas reproduite chez l’homme.

– Les nanoparticules radiosensibilisantes au Gadolinium. Emploi en imagerie. Elles accèdent aux tissus tumoraux et  augmentent l’efficacité de la radiothérapie.

– Les nanoparticules super paramagnétiques à basse fréquence pour le traitement thermique des gliomes. Les premiers résultats sont encourageants avec des résultats au niveau de la chimio-radiothérapie.

– Les ultrasons permettent la modulation de la dureté des tissus et limitent l’invasion. Les ultrasons abaissent le niveau de sélectivité de la barrière hémato-encéphalique en laissant pénétrer des substances comme des drogues de chimiothérapie (1).

– Les films de graphène, un polymère de nanoparticules de carbone de 0,142 nm formant un film capable de conduction électrique, de conduction de la lumière et d’être un vecteur de molécules thérapeutiques. Des études précliniques ont montré l’absence de toxicité dans le cerveau et une diminution de l’état pro-inflammatoire.

– Nanovibrateurs, comme le modèle Spintronic, possédant un champ magnétique faible. Les études ex vivo ont été validées.

Tout cet arsenal de nanoparticules doit encore faire l’objet de recherches approfondies, en particulier au niveau clinique, pour confirmer leur efficacité et leur absence d’effets secondaires.

Questions éthiques et sociétales générées par les nanotechnologies

Ces progrès technologiques doivent être compatibles avec une acceptation par le patient et plus généralement par la société qui sont suspicieux.

Sans remonter aux peurs créées par les grandes découvertes faites depuis deux siècles : le cheval vapeur, l’électricité, l’atome, l’informatique ; plus près de nous avec le scandale de l’amiante encore trop présent, le danger des particules de carbone des gaz d’échappement de voiture diesel ou encore les conséquences de l’accumulation des perturbateurs endocriniens qui s’installent préférentiellement dans les corps gras (sein, cerveau), le citoyen a en toile de fond les dangers de tout ce qui est micro / nano et donc génère une réaction de grande inquiétude. D’où la grande prudence dans l’usage des nanos. Mais aussi inquiétude de ce que nous prépare Google avec ses projets cybernétiques tous azimuts pour nous rendre immortels !

Pour une acceptation par la société, il faut bien expliquer les rapports bénéfice-risque. Ne pas donner de faux espoirs. Rester humble devant la complexité des propriétés du vivant.

Par ailleurs, il y a encore du travail de réflexion à l’aulne de la révision des lois de bio-éthique. Parmi les questions, l’accès des nouveaux traitements au plus grand nombre, la préservation des libertés individuelles. On n’arrêtera pas le progrès des connaissances mais nous devons en garder le contrôle et que celles-ci soient au service de la population.

Référence

1 – A Carpentier, M. Canney, A. Vignot et coll., Sci. Transl. Med. 2016, 8, 343

par Norbert Latruffe
Professeur Émérite à l’Université de Bourgogne, Dijon
Chercheur bénévole au laboratoire de Biochimie