On considère actuellement que la genèse des cancers est de deux types : cancers sporadiques1 et cancers à composante héréditaire2 (Bonaïti-Pellié, 2005 ; Pelengaris et Khan, 2006).

Les cancers sporadiques

Le développement des cancers sporadiques, qui sont les plus fréquents, est favorisé par des facteurs environnementaux agissant par différents mécanismes. Les facteurs environnementaux impliqués incluent non seulement des facteurs cancérogènes (tabac, alcool, produits chimiques, virus, radiations, microparticules, etc.), mais aussi à l’opposé des facteurs protecteurs, souvent de nature alimentaire. Le mode de vie, les addictions, les habitudes alimentaires individuels déterminent largement l’exposition à ces facteurs environnementaux.

Par ailleurs, le polymorphisme génétique3 est responsable d’une sensibilité plus ou moins grande à ces facteurs environnementaux. C’est le cas des polymorphismes altérant l’activité d’enzymes impliquées dans l’élimination des cancérogènes.

Les cancers à composante héréditaire

Les cancers à composante héréditaire représentent 5 à 10% des cancers. Ils correspondent aux cancers familiaux précoces. Dans ce cas, le sujet est porteur à la naissance d’une ou de plusieurs anomalies génétiques, c’est-à-dire de gènes mutés, appelés gènes de prédisposition au cancer (voir schéma ci-dessous). Cependant, l’exposition aux facteurs environnementaux influencera l’apparition clinique du cancer. Ainsi, l’étude de Chen et Parmigiani (2007) montre que les femmes présentant des mutations4 sur le gène BRCA1 (Breast Cancer 1) ont un risque de cancer du sein de 1,8 % à 30 ans, 12 % à 40 ans, 29 % à 50 ans, 44 % à 60 ans et 54 % à 70 ans. Le gène BRCA2 est aussi un gène de prédisposition.

On connaît aussi des familles à forte prévalence pour développer un cancer du colon (ex. gène APC (Adenomatous Polyposis Coli)) ou peut-être de la prostate (recherches en cours).

Les personnes à risques peuvent être alors dépistées puis suivies grâce au test génétique du gène de prédisposition à partir de biopsies.

Dans le cas des cancers à composante héréditaire, l’initiation est très précoce et résulte souvent d’une exposition à des facteurs endogènes ou exogènes.

Glossaire

1 On qualifie de sporadique les cancers qui ne sont pas à composante héréditaire. Ils résultent principalement de mutations liées à l’exposition à des facteurs environnementaux cancérogènes. Les mutations responsables ne sont généralement pas transmises à la descendance (à l’exception des cellules reproductrices c’est-à-dire les ovules et les spermatozoïdes).

2 Des gènes de prédisposition au cancer caractérisent les cancers à composante héréditaire.

3 Le polymorphisme génétique correspond à la variation de la séquence d’un gène (allèle) entre individus dont la fréquence est supérieure ou égale à 1 % dans une population donnée. L’activité biologique de la protéine codée par le gène variant peut être modifiée ou non.

4 Une mutation est une modification de la séquence nucléotidique de l’ADN (génome) pouvant entraîner une modification de l’activité biologique de la protéine codée par le gène muté.

Bibliographie

  • Bonaïti-Pellié C. Prédisposition génétique des cancers : aspects épidémiologiques. Cancérologie 
fondamentale. Paris : John Libbey Eurotext; 2005. p. 304-12
  • Pelengaris S, Khan M. Nature and nurture in Oncogenesis. In : Pelengaris S, Khan The 
molecular biology of cancer: Blackwell Publishing; 2006
  • Chen S, Parmigiani G. Meta-analysis of BRCA1 and BRCA2 penetrance. J Clin Oncol. 2007; 25 (11):1329-33

par Norbert Latruffe
Professeur émérite à l’Université de Bourgogne
Directeur du LBMC (1989-2006)
Directeur d’équipe INSERM UMR 866, 2007-2011
et depuis 2013 chercheur bénévole au laboratoire de Biochimie.