Chronique 37. Le coût du cancer en France éclipsé par l’épidémie du coronavirus (Covid-19)

Les hospitalisations ponctuelles, toutes interventions, représentaient en 2017 une dépense de 31,3 milliards d’euros, soit le plus gros poste de dépenses de l’assurance maladie. Mais en ce début d’année 2020 celle-ci est détrônée par les besoins extra-ordinaires qui ont surgi avec l’extension ultra rapide de patients atteints par le coronavirus.

 

Le coût du cancer

En 2017, 1,18 millions de patients ont été pris en charge pour un cancer en phase active de traitement. Le nombre de cas est en augmentation depuis 2015 de 3%/an. Les dépenses pour ce type de pathologies s’élèvent à 14 milliards d’euros en 2017, soit près de la moitié des dépenses hospitalières.
La hausse des dépenses s’explique par une augmentation du nombre de malades mais aussi par un recours accru aux traitements innovants. À titre d’exemple la prise en charge d’un cancer du poumon représente en moyenne 20 050 € par an et par patient. Le coût de ces nouveaux traitements pour les cancers et d’autres pathologies pose un enjeu de taille au système de santé.

 

Tableau 1. Coûts de la lutte contre le cancer en France pour l’Etat et l’assurance maladie en 2004 (1)

 

 

À titre de comparaison, la Ligue contre le cancer, sur fonds privés (dons et legs) contribue à hauteur d’environ 70 millions € (chiffres 2018).

Si l’on analyse le tableau 1, on observe que sur un total d’environ 12 milliards d’€, 92% sont consacrés aux traitements, alors que seulement 1% est consacré à la prévention, 2% pour les dépistages et 5% pour la recherche. Sans avoir pour objectif l’équilibre de répartition, les trois derniers volets sont vraiment les parents pauvres. D’autant plus que des efforts sur la prévention, le dépistage et la recherche feront diminuer mécaniquement le coût des soins.

Ces budgets risquent d’être remis en cause par les nouvelles priorités venues s’imposer. Le plan vieillesse était en élaboration, mais avec l’arrivée du coronavirus comme un tsunami (2), la lutte contre les maladies respiratoires virales avec des moyens sans précédent ont dû être mis en place en catastrophe, comme les équipements de respiration artificielle.

Indirectement, cancer et cas d’infection par le Covid-19 ne sont pas sans lien. Les patients cancéreux à un stade avancé aux défenses affaiblies seront plus fragilisés vis-à-vis de l’attaque virale. Inversement, peut-être que l’infection respiratoire virale aura une incidence sur l’évolution d’un cancer. Mais l’épidémie est trop récente pour avoir le recul suffisant.

 

Références

1- P. Latino-Martel et coll. (2011). Rapport ANSES (AFSSA)

2- Par exemple, articles du journal Le Monde du 27 février p 12 ; 1er-2 mars p 8 ; et 6 mars p 8 (2020)

 

Norbert Latruffe

Professeur Émérite à l’Université de Bourgogne, Dijon

Chercheur bénévole au laboratoire de Biochimie