Fruits, légumes et cancers

Selon les conclusions du rapport WCRF/AICR 2007 (1), la relation et la diminution de risque de cancer sont jugées probable pour les cancers de la sphère digestive (bouche, pharynx, larynx, œsophage, estomac) avec la consommation de fruits et de légumes (pour les fruits seulement pour le cancer du poumon). L’effet bénéfique des fruits et des légumes serait dû à leur teneur en microconstituants ou micronutriments comme les polyphénols ou les vitamines, capables d’agir sur des mécanismes potentiellement protecteurs : activités anti-oxydantes, modulation du métabolisme des xénobiotiques (substances étrangères), immuno-stimulation, activités antiprolifératives des cellules, action sur la concentration des hormones stéroïdes et sur le métabolisme hormonal, etc.

De plus, les fibres apportées par les fruits et les légumes diminuent les risques de cancer du côlon en activant le transit intestinal, et donc en écourtant le temps d’exposition de l’épithélium intestinal aux éventuelles traces toxiques qui pourraient être présentes dans l’alimentation.

Les bienfaits de la diète méditerranéenne
Selon l’UNESCO (2010) la cuisine méditerranéenne est reconnue pour ses bienfaits sur la santé dont les principaux ingrédients sont l’huile d’olive riche en acides gras poly-insaturés ou oméga 3) ; des fruits et des légumes, riches en polyphénols anti-oxydants ; des céréales, riches en fibres ; des fruits à coque (noix) ; des épices et des aromates, le tout accompagné de boissons ou d’infusions, dans le respect des croyances.

Ainsi, Fliss Isakov et coll.  (2017) (2) ont constaté que les individus qui ont développé un polype (excroissance observable au niveau du côlon précurseur du cancer de cet organe) à un stade avancé, mangeaient 1,9 aliment issu du régime méditerranéen par jour en moyenne, contre 4,5 chez les personnes qui n’avaient pas d’excroissance. D’autre part, Toledo et coll. (2015) (3) ont suivi pendant 5 ans plus de 4 200 femmes d’une moyenne d’âge de 67 ans, et ont constaté que celles qui avaient adopté le régime méditerranéen avaient 68% de risques en moins d’avoir un cancer du sein.

La consommation de fruits et de légumes
Le NACRe/INCa/DGS 2009 « Nutrition et prévention des cancers : des connaissances scientifiques aux 
recommandations » (4) recommande de « Consommer chaque jour au moins 5 fruits et légumes variés (quelle que soit la forme : crus, cuits, frais, en conserve ou surgelés). En France, la consommation de fruits et légumes des adultes est faible : en moyenne environ 280 g par jour (à part égale de fruits et de légumes, non comprises les pommes de terre). De plus, une proportion importante de la population adulte a une consommation insuffisante de fruits et légumes : 57 % consomment moins de 5 fruits et légumes par jour et 35 % en consomment moins de 3,5 portions par jour.

A retenir
L’effet protecteur du facteur alimentaire « fruits et légumes » dont sur plusieurs cancers oro-digestifs, sans être convaincant, est jugé probable. Il reste un facteur important, car il cumule des effets directs et indirects comme la lutte contre le surpoids et l’obésité, ainsi qu’un intérêt nutritionnel contribuant à satisfaire de façon optimale les besoins nutritionnels de l’organisme.

Références

1 – Rapport WCRF/AICR 2007 WCRF/AICR. Food, nutrition, physical activity, and the prevention of cancer: a global perspective. Washington DC: AICR; 2007. www.wcrf.org

2 – Fliss Isakov N. et coll. Mediterranean diet components are negatively associated with advanced colorectal polyps in a population-based case-control study. ESMO 19th World Congress on Gastrointestinal Cancer, 30 juin, Barcelone 2017

3 – Toledo E et coll. Mediterranean diet and invasive breast cancer risk among women at high cardiovascular risk in the PREDIMED trial: a ­randomized clinical trial. JAMA Intern Med. 175:1752-60, 2015

4 – NACRe/INCa/DGS. Nutrition et prévention des cancers : des connaissances scientifiques aux 
recommandations. Paris: Coll. Les synthèses du PNNS, ministère de la santé et des sports; 2009. 
 www.e-cancer.fr

par Norbert Latruffe
Professeur Émérite à l’Université de Bourgogne, Dijon
Chercheur bénévole au laboratoire de Biochimie