La bataille contre le cancer se poursuit avec des résultats modestes, mais certains

Une fois n’est pas coutume, nous n’allons pas rédiger une chronique présentant les risques ou la prévention d’un type de cancer particulier, mais commenter les chiffres récemment publiés par l’INCa sur l’incidence et la mortalité des cancers à tumeurs solides sur la période 2005-2012 ; hors leucémies et cancers du sang et de la lymphe. Nous allons tenter de ne pas abreuver les lecteurs de chiffres mais de sortir les points marquants, optimistes ou ceux en deçà des espoirs. Les valeurs d’incidence et de mortalité sont indiquées pour 100 000 habitants.

Situation globale

En 7 ans l’incidence des cancers, tous confondus, hommes (h) et femmes (f), est passée de 644 à 614,6 (- 4%), avec -8,5% chez les hommes et +1,6% chez les femmes, alors que la mortalité est passée de 244,6 à 206,9 (- 15%), soit 8,3% chez les hommes et -10% chez les femmes. De façon notoire, la courbe de mortalité est en baisse continue depuis 1980 (date des statistiques publiées). Soit des données encourageantes, excepté l’incidence chez la femme (attribué au nombre croissant de fumeuses).

Le ratio mortalité/incidence a baissé de 4% chez les hommes avec un ratio de 0,37 de cancers létaux. Chez la femme, c’est une baisse de 3,5% avec un ratio de 0,29 de cancers létaux.

Cancer par cancer

Parmi les cancers à forte incidence : sein, prostate, poumon, colon-rectum, les ratios sont respectivement de 0,22 (sein) ; 0,16 (prostate) ; 0.69 h  et 0,64 f (poumon) et 0,39 h et 0,43 f (colon-rectum). Valeurs qui signifient qu’à ce jour on a plus de chance de guérir d’un cancer de la prostate, ou du sein que d’un cancer du poumon ou d’un cancer colorectal.

Parmi les cancers à faible incidence, la mortalité reste très forte pour les cancers de l’estomac, de l’ovaire, de l’œsophage, respectivement de 0,64 h et 0,70 f (estomac) ; 0,68 (ovaire) ; 0,74 h et 067 f (œsophage). La mortalité est élevée pour les cancers du foie et du pancréas, même si aucun chiffre n’est publié. Même situation pour les cancers du système nerveux central (0,61 h et 0,56 f), de la vessie (0,38 h et 0,48 f), et des reins (0,34 h et 0,32 f). Des chiffres sont plus encourageants pour les cancers du col de l’utérus (0,26), de la cavité buccale (0,28 h et 0,21 f), du mélanome de la peau (0,14 h et 0,10 f) ou du larynx (0,24 chez la femme).

Enfin, confirmation de la bonne nouvelle, les taux de guérison des cancers de la thyroïde (0,05 h et 0,03 f) et des testicules (0,03) sont extrêmement élevés.

En résumé, la bataille contre le cancer se poursuit avec des résultats modestes mais certains. Ils sont dus à l’amélioration continue du pronostic et aux progrès thérapeutiques. Il n’en demeure pas moins que les efforts de prévention sont plus que jamais nécessaires : lutte contre le tabagisme, bonne alimentation, activité physique, réduction de la consommation d’alcool, facteurs environnementaux (pollution, UV, pesticides), professionnels ou infectieux.

Référence

INCa, édition 2016, rapport publié le 15 juin 2017, cf. Le Monde du samedi 17 juin 2017

par Norbert Latruffe
Professeur Émérite à l’Université de Bourgogne, Dijon
Chercheur bénévole au laboratoire de Biochimie