Les espoirs de l’immuno-oncologie

Le système immunitaire est une barrière redoutablement efficace et spécifique de neutralisation d’agents pathogènes qui essaient de franchir les muqueuses  ou de pénétrer dans l’appareil circulatoire. Les armes sont les anticorps circulants et les anticorps à la surface des lymphocytes T qui vont reconnaître des antigènes (figure 1). Le système immunitaire sait différencier le soi (propres molécules et cellules de l’organisme) du non soi (éléments étrangers). Lorsque des cellules sont transformées, comme des cellules cancéreuses, elles deviennent étrangères à l’organisme. C’est tout l’enjeu de l’immuno-oncologie que neutraliser les cellules tumorales par les anticorps (figure 2).

Les expériences menées dans des modèles animaux ou chez l’Homme indiquent que le système immunitaire peut intervenir sur le processus de la cancérogenèse de plusieurs manières : élimination de virus oncogènes, élimination de pathogènes avant l’établissement d’une inflammation favorable à la cancérogenèse, identification et élimination des cellules tumorales, etc. (1).

Reconnaissance d’un antigène (ex. cellule cancéreuse) par un anticorps via un épitope de surface (figure 1).

 

Lymphocyte T (bleu) s’attaquant à une cellule cancéreuse (mauve) (figure 2).

Le congrès de cancérologie à Chicago du 3 au 7 juin 2016 organisé par l’American Society of Clinical Oncology (ASCO) a mis à l’honneur la mobilisation des défenses immunitaires pour éliminer les tumeurs. Il s’agit de cibler des cellules cancéreuses avec des anticorps en supprimant la tolérance immunitaire vis-à-vis des cellules cancéreuses. Ces nouvelles armes augmentent la survie globale des patients alors qu’elles sont administrées en 2ème ou 3ème ligne des cancers avancés ou métastatiques.

Premiers essais prometteurs

– Débuts de l’immunothérapie en 2010

– Les développements en 2014 avec l’anti CTLA4 (ipilimumab) montre une prolongation de la survie chez des patients atteints de mélanome. Avec de nouveaux anticorps moins toxiques la survie peut atteindre 5 ans. Leur spectre d’activité est de plus en plus large avec des effets positifs dans plus de 20 cancers (poumon, rein, vessie, ORL, estomac, maladie de Hodgkin, etc). A ce jour, seuls 20% des malades atteints d’un cancer du poumon peuvent bénéficier des traitements anti-PD1 avec un taux de survie prolongé.

Dans certains cancers comme le syndrome de Hodgkin, on se pose la question de remplacer la chimiothérapie, efficace à 90%, par l’immunothérapie qui ne montre pas d’effets secondaires comme une toxicité cardiovasculaire 10 ou 15 ans plus tard.

– La bi-immunothérapie se développe (association d’un anti CTLA-4 avec un anti-PD1) dans le mélanome métastatique, avec 55% survie à 2 ans mais avec une toxicité cumulée.

– Arrivée d’anticorps bi-fonctionnels (ex. le blinatomomab) où l’un des « bras » cible la surface des cellules tumorales et l’autre, cible le récepteur d’un lymphocyte intratumoral avec de bons résultats dans la leucémie aiguë lymphoblastique B adulte.

Développements en cours

L’immunothérapie cellulaire est une thérapie génique qui consiste à prélever des cellules immunitaires de patients et de les modifier avec un gène pour leur faire exprimer des récepteurs qui ciblent des cellules tumorales, et à les réintroduire dans le système sanguin. Des résultats prometteurs ont été obtenus dans des leucémies et des essais sont en cours sur des tumeurs solides.

Si la chirurgie, la chimiothérapie et la radiothérapie demeurent l’arsenal thérapeutique classique, l’immunothérapie, encore d’un coût très élevé, est une thérapie ciblée qui n’est efficace que chez des sous-groupes de patients identifiés.

Références

1- Swann JB, Smyth MJ. Immune surveillance of tumors. J Clin Invest. 2007;117(5):1137-46.

2- Cancer, la lame de fond des immunothérapies. Le Monde. Science et Médecine Mercredi 8 juin 2016 p2 actualité

par Norbert Latruffe
Professeur Émérite à l’Université de Bourgogne, Dijon
Chercheur bénévole au laboratoire de Biochimie