Prévenir le cancer de la prostate

La prostate est l’objet de toutes les attentions en ce sens que c’est une partie de l’organe sexuel et reproducteur masculin où elle participe à la maturation du sperme en combinant le liquide séminal, le liquide prostatique et les spermatozoïdes. Mais par ailleurs, tout dysfonctionnement lié à une hypertrophie ou un cancer va affecter l’élimination de l’urine de la vessie vers l’extérieur en comprimant l’urètre. Chez l’homme jeune, la prostate est de la taille d’une prune (volume estimé à 20 cm3 environ), alors que dans un adénome (hypertrophie bénigne), la prostate peut atteindre la taille d’une orange.

Selon les statistiques de l’INCa (Institut National du Cancer), en 2012 le cancer de la prostate se situe au 1er rang des cancers chez l’homme, devant le cancer du poumon et le cancer colorectal. En France métropolitaine 53 000 nouveaux cas de cancer de la prostate ont été estimés. Le taux d’incidence (standardisé monde) est de près de 100 pour 100 000 hommes. Environ 8 900 décès par cancer de la prostate sont estimés en France métropolitaine. Et le taux de mortalité (standardisé monde) est de 10,2 pour 100 000 hommes.

Les Français ont le cinquième taux le plus élevé de cancer de la prostate après notamment la Finlande, la Suède et les Pays-Bas, alors que les pays méditerranéens (l’Italie et Espagne, par exemple) ont les plus faibles. Un parallèle à faire avec le cancer du sein, suggérant l’existence de facteurs étiologiques communs.

Les difficultés d’uriner (l’augmentation de la fréquence et la diminution de la puissance du jet) sont des signes qui peuvent laisser penser à des modifications de la prostate. Le diagnostic ira du toucher rectal au dosage sanguin du marqueur PSA (Prostate Specific Antigen) à  l’examen par écho-doppler permettant d’approfondir la pathologie éventuelle.

La formation d’un adénome ou d’un cancer de la prostate est un phénomène lent qui peut commencer dès l’âge de 35 ans. Cette évolution va s’accélérer avec l’âge.
Les facteurs de développement d’un cancer de la prostate sont nombreux et pas toujours reliés entre eux. Par exemple, âge, origine ethnique (la population noire afro-américaine et caribéenne est plus concernée), antécédents familiaux, habitudes alimentaires et hygiène de vie. Mais l’évolution d’un adénome de la prostate vers un cancer n’est pas systématique. Cependant, il est important de pouvoir prévenir le plus possible l’apparition d’un adénome bénin de la prostate.

Par le biais de certains aliments, comme la tomate riche en lycopène, comme le rappelle son nom d’espèce en latin «Solanum lycopersicum » (figure 2). Le lycopène est un puissant anti-oxydant dérivé du carotène qui possède la propriété d’être liposoluble (plus soluble dans les graisses que dans un milieu hydrophile) et donc de pénétrer au niveau des cellules prostatiques. D’où l’importance d’utiliser des tomates cuites qui rendent le lycopène plus biodisponible (purée, sauce, soupe). Il va donc réduire la prolifération des tissus. On trouve aussi le lycopène dans d’autres fruits et légumes : pastèque, pamplemousse, mais aussi goyave, carotte, épinards, poivron rouge, potiron, mangue, melon, abricot, pêche…
et agrumes

D’un autre côté, les graines de courge sont depuis longtemps considérées comme un aliment naturel important pour la santé de l’homme. Ceci est dû en partie à leur teneur élevée en zinc, oligo-élément qui est important pour la santé de la prostate (c’est l’endroit du corps où la concentration en zinc est l’une des plus élevées). Ainsi, les huiles et extraits de pépins de courge peuvent jouer un rôle dans le traitement de l’hyperplasie bénigne de la prostate (augmentation du volume de la prostate) en améliorant le fonctionnement du système urinaire par inhibition de la testostérone et la diminution de la prolifération des tissus.

Le pollen de fleur est aussi recommandé contre l’hyperplasie bénigne de la prostate.

Inversement, un régime alimentaire à forte teneur en graisses saturées et en calcium (produits laitiers et viandes grasses) ferait courir un risque accru de cancer de la prostate en augmentant la production de testostérone.

En  résumé, selon le rapport WCRF/AICR, 2007 (1), repris par (2), les relations entre facteurs nutritionnels et risque de cancer de la prostate sont : – pour une alimentation contenant du lycopène, le niveau de preuve de diminution du risque est jugé probable ; – pour une alimentation riche en calcium, le niveau de preuve  est jugée probable pour une augmentation du risque.

Références

  1. Rapport World Cancer Research Foundation/AICR. WCRF/AICR. Food, nutrition, physical activity, and the prevention of cancer: a global perspective. Washington DC: AICR; 2007. Disponible sur www.wcrf.org
  2. Pierre-Henri Duée, Mariette Gerber, Paule Latino-Martel, Norbert Latruffe, Nathalie Pecollo. Nutrition et cancer. Rapport d’expertise collective,  ANSES, mai 2011

par Norbert Latruffe
Professeur Émérite à l’Université de Bourgogne, Dijon
Chercheur bénévole au laboratoire de Biochimie