Où en est-on des risques cancérigènes engendrés par la pollution de l’air et les produits phytosanitaires ?

Si le cancer des voies aériennes lié aux particules d’amiante  est bien établi, il est malheureusement plus difficile d’identifier les risques cancérigènes engendrés par la pollution de l’air et les produits phytosanitaires.

Le vocable pesticide regroupe une centaine de substances chimiques (et plusieurs milliers de formulations) variées destinées à tuer ou repousser des organismes vivants indésirables pour l’homme,  qu’ils soient insectes, vertébrés, vers, plantes, champignons microscopiques ou bactéries. On les nomme herbicides, insecticides et fongicides.

Les usages principaux des pesticides concernent principalement l’agriculture, mais aussi les domaines professionnels ou domestiques, santé et bien-être humains et vétérinaires.
Leur persistance dans l’environnement et dans la chaîne alimentaire peut, selon les molécules, aller de quelques heures à plusieurs années. On trouvera les résidus dans l’air, l’eau, le sol ou dans les denrées alimentaires. Tout le monde a en tête les organophosphorés, les organochlorés (lindane, DDT), maintenant interdits.

D’où toute la difficulté d’établir des relations de cause à effet et de distinguer les composés incriminés.

Concernant les cancers, les méta-analyses mettent en avant une augmentation des risques de cancers hématopoïétiques (lymphomes non hodgkiniens, myélomes multiples, leucémies) chez les professionnels du secteur agricole. De même une augmentation du risque de cancer de la prostate chez des agriculteurs, des ouvriers d’usines de production des pesticides et des populations rurales ayant été exposées à des substances maintenant interdites.

La relation entre pesticides et cancer du testicule, tumeurs cérébrales et mélanomes reste très difficile à démontrer. C’est toujours le cas du glyphosate, même si des facteurs de confusion importants peuvent exister, comme le cas du mélanome avec les rayonnements UV.

Les mécanismes mis en jeu sont difficilement identifiables même si l’on invoque le stress oxydant, les dommages à l’ADN, une dérégulation de la prolifération cellulaire ou la mort cellulaire.

D’autres questions sont aussi en suspend : pesticides et maladies neurodégénératives (maladie de Parkinson, …) ; conséquences des expositions professionnelles ou résidentielles en période prénatale (voisinage ou usage domestique) sur la grossesse et le développement de l’enfant; ou encore, effets des pesticides de type perturbateur endocrinien sur la fertilité.

Le 25 juin 2018 l’ANSES a lancé une étude sur plus d’une année dirigée par Mathilde Merlo (2) dont l’objectif est de faire un état des niveaux de contamination. Sont ciblés : particules fines, di-oxyde d’azote, 90 substances, non produits phytoparmaceutiques, biocides, chlordécone, glyphosate, 1500 échantillons prélevés sur 50 sites en France métropolitaine et DOM-TOM. Dans les secteurs concernés suivants : zones urbaines, agricoles, et de productions agricoles (grande culture, viticulture, arboriculture, maraîchage, élevage). Affaire à suivre…

Conclusions

  • Nécessité d’une meilleure connaissance des expositions.
  • Prêter attention aux périodes critiques d’exposition (ex. au cours du développement pré- et post-natal).
  • Mieux comprendre les effets particuliers des mélanges de pesticides.

Références

1- INSERM. Pesticides : Effets sur la santé Une expertise collective de l’Inserm, Paris le 12 juin 2013.
2-Stéphane Mandard. Début de la campagne de mesure des pesticides dans l’air en France. Le Monde, mardi 26 juin 2018.

Norbert Latruffe
Professeur Émérite à l’Université de Bourgogne, Dijon
Chercheur bénévole au laboratoire de Biochimie