Parmi les risques liés au tabac, le cancer du poumon est connu pour être le principal mis en cause. On en connaît moins les effets néfastes sur les pathologies cardio-vasculaires. On observe en effet, principalement chez la femme, une évolution inquiétante des pathologies cardio-vasculaires, en particulier l’infarctus du myocarde, les accidents vasculaires cérébraux et la pathologie aortique.

Il faut rappeler que le tabagisme est responsable de 78 000 décès par an,  que 28,2% de la population fume en France, que la mortalité du cancer du poumon augmente de façon inquiétante chez la femme et que l’espérance de vie du fumeur est réduite de 10 à 15 ans.

Tabac et cancers du poumon :

Parmi les 157 438 décès annuels par cancer recensés en 2018, le cancer du poumon est mis en cause dans 21 % des cas (33 117 cancers). Chez la femme, le décès par cancer du poumon représente 15,3 % des observations (10 356 cancers pour 67 817 décès). Depuis 2012, les décès par cancers du poumon chez la femme, sont passés en deuxième position derrière ceux du sein (1er) et devant les cancers colo-rectaux (3ème).

Depuis 1970, on observe une augmentation régulière et constante du tabagisme chez la femme, qui ne cesse de croître pour atteindre 30 %  de la population féminine, alors que la consommation diminue régulièrement chez l’homme passant de 60 à 40 % de fumeurs réguliers.

Tabac et pathologies cardio-vasculaires :

Une étude publiée en 2018 dans le Bulletin Epidémiologique Hebdomadaire de Santé Publique France, révèle une augmentation du nombre des décès par infarctus du myocarde, liés au tabagisme, chez les femmes de moins de 65 ans.

Le professeur Daniel Thomas, porte-parole de la Société Francophone de Tabacologie, précise que si le nombre de patients hospitalisés pour un infarctus du myocarde est resté stable entre 2002 et 2015, tous âges confondus, le taux de femmes de 35 à 65 ans hospitalisées pour ce motif, a connu une hausse de plus de 50 %, contre 16 % pour les hommes, avec une mortalité multipliée par deux. Chez les patients de moins de 50 ans, victimes d’un infarctus du myocarde, 70 à 80 % des cas sont des fumeurs. Si la femme est protégée de l’infarctus du myocarde avant la ménopause, en raison de son statut hormonal, cet avantage est perdu par le tabagisme, et la met alors au même rang des risques cardio-vasculaires que les hommes au même âge.

Tabac et sevrage :

Le sevrage tabagique comporte de nombreux avantages, quel que soit le niveau de consommation.

« Il n’existe pas de petit tabagisme. Toute consommation, même de quelques cigarettes par jour, ou une exposition au tabagisme passif, expose à une augmentation des risques cardio-vasculaires », rappelle le professeur Daniel Thomas.

Ce sevrage est d’autant plus efficace s’il survient précocement. Arrêter de fumer avant 40 ans, élimine à 90 % le sur-risque de décès par maladies cardio-vasculaires. Un arrêt du tabac avant 30 ans élimine pratiquement ce risque de 100 %. Il ne faut pas oublier que même après 60 ou 70 ans, l’arrêt du tabac diminue encore le risque de maladies cardio-vasculaires.

On connaît chez la femme, le risque cardio-vasculaire lié à l’association de la pilule au tabac. Les femmes considèrent ce risque  principalement lié à la pilule, alors que c’est le tabac qui en est le premier responsable et qu’il faut arrêter impérativement.

Cette phase de sevrage est une période difficile, associant échecs et rechutes, et qui, pour certaines, fait craindre une prise de poids. Elle doit être accompagnée par le médecin et/ou par le tabacologue en utilisant très largement les substituts nicotiniques et d’autres aides médicamenteuses. Les patients ne doivent pas hésiter à se faire aider pour réussir cette épreuve.

Sources :

Quotidien du médecin, N° 9846, 3 juillet 2020.

Professeur Daniel Thomas, porte-parole de la Société Francophone de Tabacologie et Président d’honneur de la Fédération Française de Cardiologie.

 

Docteur Henri BASTIEN

Ancien Président du Comité de Côte d’Or de la Ligue contre le cancer