Le tabac arrive en tête de toutes les causes de cancers, représentant ainsi 18,9 % des autres facteurs de risque. Chaque année, en France, on lui impute 78 000 décès, dont 47 000 liés au cancer. Il constitue la première cause de mortalité évitable par cancer, et on estime que, sans tabac, un quart des décès par cancer pourraient être évités.

Même si une amorce de recul de la consommation de tabac chez les fumeurs réguliers a été constatée en 2014, attribuable en partie à des hausses de prix répétées et à l’usage de la cigarette électronique, la situation de la France reste préoccupante avec 28,2 % de fumeurs réguliers, l’un des taux les plus élevés dans les pays occidentaux. De même, le nombre de personnes qui expérimentent le tabac reste encore trop important (près de 80 %), selon le Baromètre santé de l’Institut national de prévention et d’éducation pour la santé (INPES).

La gravité de l’intoxication tabagique est surtout liée à la durée de l’exposition au tabac. Elle réduit l’espérance de vie de 10 à 15 ans. Si en en 10 ans, le risque de décès a diminué de moitié chez l’homme, celui-ci a été multiplié par 4 chez la femme;

TABAC ET CANCERS

Le tabac est la cause directe ou un facteur favorisant pour de nombreux types de cancers.

Par le contact direct avec les goudrons issus de la combustion du tabac, il est responsable de plus de 8 cancers du poumon sur 10, de près de 70 % des cancers des voies aérodigestives supérieures (bouche, larynx, pharynx, œsophage) et de 50 % des cancers de la vessie. Par son extension par voie sanguine, il serait aussi impliqué dans le développement des cancers du foie, du pancréas, de l’estomac, du rein, du col de l’utérus, du sein, du côlon-rectum, de l’ovaire et de certaines leucémies. Soit, au total, 17 localisations différentes de cancers.

La nicotine, naturellement présente dans le tabac, favorise l’addiction mais elle n’est pas cancérigène. En revanche, la fumée du tabac contient 7 000 substances chimiques, dont 70 sont des cancérigènes connus (benzène, arsenic, chrome, goudrons). Ce sont ces substances libérées par la combustion qui favorisent le développement des cancers.

Le tabac présente un risque pour la santé, quel que soit son mode de consommation (cigarette, cigarette aromatisée, cigarillo, cigare, pipe, tabac à rouler, chicha, tabac à priser ou à chiquer) ; les cigarettes à moindre teneur en nicotine et en goudrons ne sont pas moins cancérigènes que les autres.

TABAC ET CANCERS DU POUMON

80% des cancers du poumon sont dus au tabac. En fréquence et en 1918, c’est le 2ème cancer chez l’homme (31 231 cas annuels) et le 3ème chez la femme (15 132 cas annuels). Il est la première cause de mortalité chez l’homme (22 761 cas/an) et le second chez la femme (10 356 cas/an) chez qui il est passé récemment en nombre devant le cancer du côlon-rectum.

40 % des cancers du poumon surviennent avant 65 ans et leur gravité ne fait aucun doute avec des survies moyennes de 14 % à 5 ans et de 9 % à 10 ans;

Leur gravité augmente avec des interactions avec d’autres facteurs de risques, comme l’alcool et l’exposition à l’amiante ou à des rayonnements ionisants (médicaux ou argon)

LE TABAGISME PASSIF

Le tabagisme passif est l’exposition à la fumée de tabac dans son environnement. Même si ses dangers sont moins élevés que pour le fumeur actif, ils sont aujourd’hui prouvés et largement reconnus.

En France, chaque année, près de 1 100 décès seraient liés au tabagisme passif, dont 150 par cancer du poumon. Ces données ont conduit les pouvoirs publics à prendre des mesures réglementaires afin d’interdire l’usage du tabac dans les lieux publics (décret du 15 novembre 2006).

Le tabagisme passif augmente de 20 à 30 % le risque de cancer du poumon : il en est également responsable pour le conjoint non fumeur et pour les collègues du lieu de travail.

On sait que le tabagisme aggrave les risques cardio-vasculaires et cérébraux. Il est également nocif chez la femme enceinte avec risques de fausse couche, accouchement prématuré mais surtout petit poids de naissance de l’enfant avec retard de développement.

Les enfants de fumeurs sont particulièrement exposés au tabagisme passif. Au-delà de la gêne occasionnée, l’inhalation de cette fumée présente de nombreux dangers : elle augmente significativement les risques de mort subite du nourrisson et favorise les infections respiratoires et otites avec aggravation de l’asthme.

 

Dr Henri BASTIEN

Ancien président du Comité de Côte d’Or