Comment remédier aux effets secondaires des traitements : La perte de poids et le risque de dénutrition

Dans les trois premières parties, nous avons vu comment remédier à certains troubles suite aux effets secondaires des traitements : le manque d’envie, la baisse de moral et les troubles de la déglutition et les troubles digestifs et la diminution des défenses immunitaires ainsi que les troubles du goût et de l’odorat et la prise de poids.

Dans cette dernière partie nous allons voir qu’à l’inverse de la prise de poids, les traitements peuvent induire une perte de poids et donc un risque de dénutrition.

Qu’est-ce que la dénutrition ?

La dénutrition protéino-énergétique est une pathologie due à des apports alimentaires insuffisants face aux besoins de l’organisme et un déficit en énergie et/ou en protéines. Les conséquences diverses de cette pathologie (altération des défenses immunitaires, fatigue, etc.) impactent sur l’état de santé et sur le pronostic des maladies.

Dans le cas de la maladie cancéreuse, la dénutrition peut être une conséquence des effets secondaires des traitements mais pas seulement, elle peut par exemple provenir de la croissance tumorale et donc de la maladie elle-même.

Cette dénutrition peut être dépistée par plusieurs mesures comme l’évaluation des ingesta, l’Indice de Masse Corporelle (IMC), le pourcentage de perte de poids en 1 ou 6 mois, l’albuminémie, …

QUE FAIRE EN CAS DE PERTE DE POIDS ET DE DÉNUTRITION

Conseils généraux :

Il est important d’avoir un apport protéique suffisant en faisant trois repas par jour contenant au moins un produit riche en protéines comme les produits laitiers (fromage, yaourt, fromage blanc, petit suisse), la viande, le poisson et les œufs.

Si la viande, le poisson ou les œufs ne sont jamais consommés, l’association de légumes secs et de céréales est indispensable dans la journée pour avoir un apport en protéines de qualité.

Faire 1 à 2 collations dans la journée.

Si le potage est le seul mets du soir, l’ajout de crème, emmental râpé, vermicelles, tapioca, lait, … peut venir le compléter.

Un jeûne nocturne important est à éviter, pour cela faire une collation dans la soirée peut limiter le temps entre le repas du soir et celui du lendemain matin.

Boire suffisamment tout au long de la journée.

Comment enrichir ses préparations ?

L’enrichissement des préparations peut permettre de lutter contre cette dénutrition.

Pour augmenter la valeur énergétique de l’alimentation :

  • utiliser des matières grasses : beurre, la crème, mayonnaise, … dans ses préparations.
  • consommer des aliments riches en graisses : charcuteries, fromages, fruits oléagineux …
  • et des aliments riches en sucres.

Pour augmenter la teneur en protéines des plats :

  • le lait en poudre peut s’ajouter au lait liquide (5 à 6 cuillères à soupe de poudre de lait par demi-litre de lait liquide) dans les purées, yaourts, desserts lactés ou encore dans les potages.
  • des œufs ou jaunes d’œufs supplémentaires dans les crèmes, mousses ou autres préparations contenant des œufs.
  • dans les potages, les purées, les sauces ou encore les légumes, de la viande ou du jambon mixé, des jaunes d’œufs, ou encore du gruyère râpé peuvent venir les enrichir.

Les compléments nutritionnels oraux :

Si une alimentation quotidienne enrichie ne suffit pas à couvrir les besoins de l’organisme, il existe des compléments nutritionnels oraux (CNO).

Ils présentent l’avantage de fournir, dans un faible volume, un apport calorique et protéique important.

Il en existe de grandes variétés tant concernant la forme (crèmes desserts, potages, boissons lactées, jus de fruit, plats principaux,…) que le goût.

Ces produits peuvent être consommés au minimum 2 h avant un repas afin de ne pas couper l’appétit ou en remplacement d’un dessert.

Ils sont remboursés s’ils sont prescrits par votre médecin.

En cas de dénutrition trop importante et/ou que l’enrichissement et les Compléments Nutritionnels Oraux ne suffisent pas à rétablir un état nutritionnel correct ou que l’alimentation orale est impossible, il peut y avoir recours à une nutrition artificielle entérale ou parentérale.

Sources :

Association Francophone des Soins Oncologiques de Support (AFSOS), Patrick Bachmann, René-Jean Bensadoin, Isabelle Besnard, Isabelle Bourdel-Marchasson, Corinne Bouteloup, Pascal Crenn, François Goldwasser, Olivier Guérin, Xavier Hebuterne, Paule Latino-Martel, Jocelyne Meuric, Françoise Mey-Levin, Mauricette Michallet, Pierre Senesse, Marie-Paule Marie-Vasson, Nutrition chez le patient adulte atteint de cancer, 2013.

Haute Autorité de Santé (HAS), Stratégie de prise en charge en cas de dénutrition protéino-énergétique chez la personne âgée, 2007.

Marie Marian and Susan Roberts, Clinical nutrition for oncology patients, Jones and Bartlett Publishers, 2010.

Société Francophone Nutrition Clinique et Métabolique (SFNEP), Nutrition chez le patient adulte atteint de cancer, 2012.

Sylvie Khan, Taher Arif Alibay, Mensouria Merad, Mario DiPalma, Bruno Raynard, Sami Antoun, Detection and evaluation of malnutrition in oncology: What tools, what type of cancer and for what purposes?, Elsevier Masson SAS, 2016.

J. Arends, V. Baracos, H. Bertz, F. Bozzetti, P.C. Calder, N.E.P. Deutz, N. Erickson, A. Laviano, M.P. Lisanti i, D.N. Lobo j, D.C. McMillan k, M. Muscaritoli h, J. Ockenga l, M. Pirlich, F. Strasser, M. de van der Schueren, A. Van Gossum, P. Vaupel, A. Weimann, ESPEN expert group recommendations for action against cancerrelated malnutrition, Clinical Nutrition, 2017.