L’alcool est responsable de 9,5 % des décès par cancer en France, soit environ 16 000 morts chaque année (données issues du BEH n° 5-6, 19 février 2019). La consommation de boissons alcoolisées représente ainsi la deuxième cause de mortalité évitable par cancer après le tabac. Même à faibles doses, l’alcool augmente le risque de plusieurs cancers. Les professionnels de santé jouent un rôle essentiel dans le repérage des consommateurs à risque, et dans l’écoute et l’orientation des patients souhaitant se faire aider pour arrêter.

Bien qu’elle soit en baisse depuis les années 1960, la consommation de boissons alcoolisées en France demeure l’une des plus élevées en Europe. En 2014, près de la moitié des Français âgés de 15 à 75 ans se déclarent buveurs hebdomadaires.

CONSOMMATION D’ALCOOL ET RISQUE DE CANCERS

La relation entre l’alcool et les cancers est scientifiquement établie. L’éthanol naturellement contenu dans toutes les boissons alcoolisées est classé « cancérogène certain » pour l’homme par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), ainsi que l’acétaldéhyde associé à la consommation d’alcool.

Les résultats de méta-analyses récentes sont en faveur d’une augmentation du risque de cancer associée à une augmentation de la consommation de boissons alcoolisées. Les études permettent de conclure, avec un niveau de preuve « convaincant », à une augmentation du risque de cancers de bouche, du pharynx, du larynx, de l’œsophage, du foie, du côlon, du rectum et du sein (après ménopause) associée à la consommation de boissons alcoolisées, quel que soit leur type.

La consommation de boissons alcoolisées est également associée au risque de développer un cancer de l’estomac et du rein à un niveau de preuve jugé « probable ». Les résultats des études montrent une augmentation de risque du cancer du pancréas, de la peau et du poumon associée à la consommation élevée de boissons alcoolisées, avec un niveau de preuve « suggéré »

Les résultats disponibles ne permettent pas de conclure (niveau de preuve « non concluant ») sur une relation entre la consommation de boissons alcoolisées et le risque de cancer pour les localisations suivantes : nasopharynx, prostate, vessie, ovaire, intestin grêle, lymphome hodgkinien, lymphome non hodgkinien, ampoule de Vater, thyroïde et endomètre.

Seuls les niveaux de preuve convaincants ou probables conduisent à des recommandations de santé publique pour la prévention des cancers. En ce qui concerne les niveaux de preuve suggérés ou non concluants, des recherches s’avèrent encore nécessaires pour consolider les connaissances.

UNE AUGMENTATION DU RISQUE DOSE-DÉPENDANTE

Contrairement aux croyances, cette augmentation est significative dès la consommation moyenne d’un verre par jour : il n’existe pas d’effet de seuil en-deçà duquel boire de l’alcool ne présente aucun risque. Une étude publiée en 2013 indique que la consommation de 13 g d’alcool par jour, soit un peu plus d’un verre, est responsable de 1 100 décès. Une autre étude indique également que, sur plus de 49 000 décès attribuables à l’alcool recensés en 2009 en France, 15 200 (9,5 %) étaient dus à un cancer.

Par ailleurs, cette augmentation du risque est observée quel que soit le type de boisson alcoolisée consommée, le facteur cancérogène étant l’éthanol qu’elles contiennent toutes. Ainsi, même si le vin est moins concentré en éthanol que d’autres alcools, il ne présente pas un risque moindre car la taille des verres est adaptée au degré d’alcool de chaque boisson. Il y a donc autant d’alcool dans un verre de vin que dans une chope de bière standard (25 cl) ou un fond de whisky.

CONSOMMATION DE BOISSONS ALCOOLISÉES ET RISQUE DE SECONDS CANCERS

Les analyses montrent que, par rapport aux faibles consommateurs de boissons alcoolisées, les forts consommateurs au diagnostic d’un cancer des voies aérodigestives supérieures (VADS) ont un risque de second cancer primitif (tous sites confondus) augmenté de 60 %. Le risque d’avoir un nouveau cancer des VADS est multiplié par 3.

LE RÔLE DES PROFESSIONNELS DE SANTÉ : REPÉRER ET AIDER

Les professionnels de santé ont un rôle essentiel à jouer pour repérer les consommateurs à risque et orienter les patients demandant une aide pour arrêter. Ce repérage accompagné d’une aide à l’arrêt ou à la réduction peut limiter tous les types de dommages liés à l’alcool, puisque la majorité d’entre eux surviennent chez des personnes non-alcoolo-dépendantes.

En repérant la consommation d’alcool chez les patients, le professionnel de santé a la possibilité de les informer des risques liés à une alcoolisation excessive. Si celui-ci est dépendant, il peut l’orienter vers d’autres intervenants.

ORIENTATION DES PATIENTS

Les unités de soins ambulatoires :

  • Les Centres de soins, d’accompagnement et de prévention en addictologie (CSAPA) regroupent des médecins, des psychologues et des travailleurs sociaux spécialisés en addictologie.
  • Les consultations hospitalières d’alcoologie (ou d’addictologie) sont souvent adossées à un service d’hépato-gastro-entérologie ou de psychiatrie.

Les unités hospitalières :

  • Les unités hospitalières d’alcoologie (ou d’addictologie) sont soit des services autonomes, soit des unités intégrées dans des services hospitaliers. Elles proposent des prises en charge spécifiques à des patients dont l’état nécessite une hospitalisation pour un sevrage.
  • Les « postcures » : une « postcure » est un séjour de plusieurs semaines dans un établissement spécialisé. Elle assure la transition entre l’hospitalisation pour sevrage et le retour au domicile, et assure un suivi médical, un soutien psychologique, éducatif et social.

GROUPES D’ENTRAIDE ET ÉCOUTE À DISTANCE

Avant la création de centres spécialisés en alcoologie, les anciens buveurs prenaient en charge les personnes dépendantes à l’alcool au sein de mouvements et d’associations. Ces groupes sont des partenaires reconnus par les intervenants en alcoologie. Leur objectif est de s’entraider à s’abstenir de boire de l’alcool et d’en assurer la pérennité. Ces groupes fonctionnent par des réunions régulières au cours desquelles chacun peut rompre son isolement, obtenir des conseils et recréer des liens sociaux.

Les personnes qui le souhaitent peuvent aussi bénéficier d’une écoute et d’un soutien à distance, soit par téléphone, soit par internet.

Un groupement d’intérêt public (ADALIS), placé sous l’autorité du ministère de la Santé, gère deux services concernant la dépendance à l’alcool :

  • la ligne téléphonique Écoute Alcool apporte une réponse anonyme et confidentielle à toutes les personnes concernées directement ou indirectement par l’alcool. Elle peut également aider à trouver un professionnel ou une structure spécialisée. Écoute Alcool : 0811 91 30 30 (de 8h à 20h, 7jours/7, coût d’un appel local depuis un poste fixe) ;
  • le site internet Alcool Info Service permet de poser des questions auxquelles des professionnels répondront sous 48 heures. Ces réponses sont consultables par tous mais elles peuvent être rendues confidentielles si la situation est délicate, ou à la demande de l’auteur de la question. Les intervenants répondent aussi au téléphone : 0980 980 930 (de 8h à 2h, 7jours/7, coût d’un appel local).

Source :  Publication de l’Institut National du Cancer

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Pour en savoir plus

Alcool, cancer et environnement