Laurence, 56 ans, mariée, 2 enfants


 

Quand et comment avez-vous découvert votre cancer du sein ?

« J’ai découvert mon cancer du sein début 2011 lors d’une mammographie de suivi, à la suite d’une intervention chirurgicale bénigne. Je ressentais des petits picotements dans le mamelon gauche. J’ai donc passée une échographie. L’oncologue a vu quelque chose de suspect mais d’après elle sans gravité car les contours étaient corrects. J’ai demandé l’avis de deux amis médecins qui ont eu un autre discours. Quelques jours plus tard, j’ai donc repassé une échographie dans un autre cabinet. Elle est venue confirmer ce que mes amis pensaient. Au vu de la taille, je devais refaire un contrôle en septembre, soit deux mois plus tard. À ce deuxième contrôle, la grosseur n’avait pas bougé. Je devais donc refaire un troisième contrôle en janvier. Entre ma première mammographie en juillet et le mois de janvier, j’ai eu vraiment peur. Je repoussais de plus en plus l’échéance du dernier contrôle qui s’est finalement passé mi-février. Les résultats n’étaient plus bons du tout. J’ai donc fait une biopsie. Dix jours plus tard, j’avais les résultats. Lorsque j’ai vu le visage blême de mon gynécologue, j’ai immédiatement compris. Mon mari était à mes côtés. En rentrant dans son bureau il m’a annoncé une bonne et une mauvaise nouvelle : la bonne était que c’était très petit et la mauvaise que c’était un cancer très virulent. »

 

Comment avez-vous vécu le diagnostic de l’annonce de la maladie à l’annonce de la rémission ?

« À l’annonce du diagnostic, j’ai eu immédiatement le goût de la mort dans la bouche. C’était horrible. J’ai eu une tumorectomie partielle le mois suivant. À ce moment-là, ma plus grande peur était de revenir de l’opération avec deux drains. Étant préparatrice en pharmacie, je savais qu’avoir deux drains était mauvais signe. Cela voulait dire qu’on m’avait fait un curage ganglionnaire. En salle de réveil, la première chose que j’ai fait a été de regarder si j’avais un deuxième tube. Et j’en avais bel et bien un. Je me suis effondrée. Mon chirurgien m’a ensuite annoncé que j’avais des métastases aux ganglions. Il m’a proposé de faire partie d’un groupe d’études qui tente à prouver qu’il y a autant de récidives du cancer du sein hormono-dépendant chez une femme qui a eu de la chimiothérapie que celle qui n’en a pas eu. Lors de la réunion pluridisciplinaire qui devait décider si oui ou non je figurerais dans ce groupe, leur réponse a été négative. J’ai contesté leur réponse car en faire partie me permettait de ne pas suivre de chimiothérapie. Je ne voulais pas. J’avais terriblement peur de perdre mes cheveux. J’ai été retenue suite à un tirage au sort informatique. J’échappais donc à la chimiothérapie, mais j’avais un suivi de dix ans. Après l’opération, j’étais rayonnante et en pleine forme. Si bien que mon mari était dans le déni total, peut-être par peur. J’ai commencé mes séances de radiothérapie le 14 juillet pour les finir mi-août. J’en ai eu 35 au total. Les séances ne se sont pas très bien passées. J’ai été brûlée extrêmement fort dans le dos. Puis, en septembre, une fois la radiothérapie terminée, j’ai commencé à ne plus voir clair de mon œil droit. J’ai dû être opérée de la cataracte quelques mois après. On pense que c’est sûrement dû aux rayons. En parallèle, j’ai commencé l’hormonothérapie. Mon premier traitement m’a causé d’importantes douleurs musculaires et m’a fait prendre 15 kilos. En six mois, je suis passée d’une forme olympique, me sentir belle… à avoir la peau du visage distendue et avoir cette sensation de perdre ma féminité. Ça a été très dur. J’ai pris mon deuxième traitement pendant cinq ans. Pour moi, c’est une réelle chance de pouvoir aller jusqu’au bout et de ne plus avoir de risques après. Au bout de cinq ans, j’ai demandé si j’étais en rémission. On m’a répondu que j’étais en voie de guérison mais qu’il n’existait pas vraiment de rémission. Aujourd’hui encore, j’ai toujours cette peur de récidive. J’ai récemment passé mon échographie et ma mammographie de contrôle et on m’a trouvé un nodule à l’autre sein. Les contours ne sont pas trop moches mais c’est à surveiller de très près. En attendant, je suis dans l’attente et j’ai terriblement peur. »

 

Aujourd’hui, quelle est votre situation ? Qu’est ce qui a changé dans votre vie personnelle, familiale et professionnelle ?

« Aujourd’hui, à contrario de ce que l’on m’avait dit, j’ai toujours des nausées, des maux de tête et je dors toujours aussi mal. Je ne reviens pas à ma vie d’avant. Suite à ma maladie, j’ai perdu mon travail, des amis, ma vie sociale. Sur le plan familial, ça a été très difficile et ça l’est toujours actuellement. Quelque part, ma chance a été de vouloir parler de mon cancer immédiatement. Je n’en avais pas honte. J’ai toujours ressenti ce besoin d’en parler et je pense que c’est ce qui m’a porté. Mon cancer du sein hormono-dépendant ayant des marqueurs du cancer génétique transmissible, je me suis fait enlever les ovaires. Suite à cela, j’ai revécu un deuxième choc émotionnel et une autre prise de poids. Côté travail, j’ai entrepris une reconversion professionnelle. Je suis maintenant auxiliaire de vie scolaire dans une école d’enseignement adapté. Je me sens humainement et socialement investie. »

 

Avez-vous un message à adresser aux femmes ?

« Me dire qu’il y avait ‘’plus pire’’ que moi m’a donné une force inouïe. Il faut s’accrocher à la vie. Le futur est fait de doutes mais il faut essayer d’occulter le passé, même si le deuil ne se fait jamais réellement. On ne reprend pas notre vie d’avant, c’est une nouvelle vie. Aujourd’hui, on a la chance d’avoir des traitements et une médecine qui évoluent. Ils sont très compétents et à l’écoute. Ils ne nous lâchent pas. N’hésitez pas à parler, à partager votre expérience. C’est primordial. Il ne faut surtout pas refuser de l’aide. Mais avant tout, dépistez-vous, auto-examinez-vous. Hommes et femmes. C’est simple et ça ne prend que cinq minutes. »