Témoignage Octobre rose : « On peut s’en sortir. J’en suis la preuve ».

Lydie, 44 ans, mariée, 1 enfant


Quand et comment avez-vous découvert votre cancer du sein ?

« A la suite d’une situation professionnelle délicate, j’ai délaissé peu à peu mon suivi habituel. Un jour, j’ai ressenti une boule au toucher et au visuel mon sein commençait à se creuser. Lors de ma visite chez le gynécologue, il a directement senti à la palpation quelque chose d’anormal. J’ai passé une mammographie en urgence qui est venue pré-confirmer le diagnostic. Par chance, j’ai eu deux jours après une biopsie avec les résultats dans les dix jours suivants. Je suis passée d’un nodule à une tumeur et d’une tumeur à un adénocarcinome canalaire infiltrant. C’était en janvier 2010, j’avais alors 34 ans. J’étais l’une des plus jeunes patientes à qui il l’avait annoncé. Au fond, je pense que la maladie était déjà présente et que ma situation a été un élément déclencheur. »

 

Comment avez-vous vécu l’annonce de la maladie ?

« A l’annonce de la maladie, tout s’est écroulé. J’étais jeune et on m’annonçait que j’allais suivre un protocole lourd dû à mon type de cancer et à la grosseur. Et surtout je ne pourrai plus avoir d’enfants. J’ai eu l’impression qu’on me coupait ma vie. Après l’opération début février, j’ai été très réticente au traitement. C’est le 8 mars que j’ai commencé ma première chimiothérapie pour la finir le 21 juin. J’ai relativement bien supporté le traitement. Petit à petit on avançait mais petit à petit mon corps s’épuisait. Les six séances du protocole doivent impérativement être faites entièrement, quitte à en diminuer certaines. Au total, j’ai suivi six séances de chimiothérapie et trente-trois de radiothérapie. Derrière j’ai fait quatre ans d’hormonothérapie. A l’époque, je redoutais l’étape de la perte de cheveux. J’ai porté un casque réfrigérant pour réduire la chute, mais j’ai tout perdu dès le début du traitement. Aujourd’hui, je me dis que finalement c’est une petite étape. Les cheveux repoussent et il y a des professionnels de prothèses capillaires vraiment bons. Ce qui fait véritablement perdre son identité c’est la perte des cils et des sourcils. Tout le monde ne les perd pas mais moi j’ai tout perdu. Et à partir de là c’est plus compliqué. Même avec une prothèse capillaire, le regard n’est plus là. C’est une perte totale d’identité. C’est le regard de malade. Mais j’ai refusé de me laisser aller, pendant toute la maladie j’ai continué de m’habiller, me maquiller. Tout au long du protocole, j’ai été extrêmement accompagnée par mon mari. Il a été à mes côtés pendant la chimiothérapie, il m’a tondu les cheveux… Le soutien est une chose primordiale dans cette étape puisque nous nous détruisons totalement. Nous ne sommes plus nous-mêmes, aussi bien intérieurement, nos muscles, nos forces, et extérieurement par notre apparence physique. La chimiothérapie nettoie de la tête aux pieds. Les médecins qui me suivaient étaient très optimistes, je pense que cela m’a beaucoup aidée. »

 

Et l’annonce de la rémission ?

« La fin de traitements est un lâcher dans la nature. Ce sont dix mois de ma vie au sein du corps médical qui ont pris fin subitement. L’après est très difficile, très compliqué à vivre. J’ai eu un suivi psychologique à la Ligue contre le cancer. Le suivi est un réel besoin, mais pour moi je n’ai jamais vraiment été guérie. Je ne serai jamais véritablement guérie de cette maladie. Je pense que nous avons tous en nous ces cellules qui un jour ou l’autre ne vont pas bien. Un moindre choc peut faire repartir. Il n’y a pas de petits cancers. C’est un cancer. Et le cancer il est là et c’est notre corps qui le fabrique. C’est pour cela qu’il faut faire attention à tout un tas de petites choses de la vie qui pourraient être élément déclencheur de ce type de maladie. On m’a nettoyé le corps et cela fait maintenant dix ans que je suis bien repartie, mais delà à ce que l’on me dise que je suis guérie, non. »

 

Aujourd’hui, quelle est votre situation ? Qu’est ce qui a changé dans votre vie (personnelle, familiale et professionnelle) ?

« Aujourd’hui, je donne beaucoup plus de mon temps à des associations, notamment au Lions Club et à la Ligue contre le cancer depuis 2017. Mon but est de faire passer le message que l’on peut s’en sortir, j’en suis la preuve. Je veux aider, échanger avec les gens. A l’avenir, j’aimerais aller auprès des enfants malades. J’ai moi-même des problèmes de santé depuis petite, ce cancer a été pour moi le bouquet final. Depuis, je vis autrement. Je vis à cent à l’heure et je veux tout, tout de suite. Je saisis toutes les opportunités dès qu’elles se présentent. Cette maladie me fait vivre au jour le jour. J’ai été une enfant très timide, le cancer m’a fait mûrir et prendre confiance en moi. Sur le plan familial, au niveau des enfants surtout, la maladie peut chambouler notre vie. Ça peut littéralement les perturber. Tout revient toujours à la maladie. »

 

Avez-vous un message à adresser aux femmes ?

« Le dépistage est essentiel. Je pense que selon le type de cancer, plus tôt on se fait dépister et moins les traitements peuvent être forts. Je suis pour les analyses et les dépistages dès le plus jeune âge, à partir de 25 ans chez les gynécologues. Pour les femmes en cours de traitements ou celles qui viennent de se faire diagnostiquer, vous devez vous battre. La maladie est un combat, pour le gagner il faut se battre. Être accompagné(e) et se recentrer sur sa famille est autant important. C’est une année entre parenthèses. »