Témoignage Octobre rose : « Pour moi, la chimiothérapie était comme un viol. On introduisait un produit dans mon corps et je le sentais m’envahir ».

Christelle, 65 ans, célibataire


 

Quand et comment avez-vous découvert votre cancer du sein ?

« En juin 2007, alors que j’avais 52 ans, j’ai constaté une boule au sein. J’ai réussi à obtenir un rendez-vous chez ma gynécologue seulement la semaine suivante. J’ai vu la boule grossir très rapidement à vue d’œil. C’est là que la peur a commencé à s’installer. Pendant mon rendez-vous, elle ne m’a pas caché le diagnostic. J’avais un cancer du sein. Dans la foulée, j’ai passé une biopsie. Les résultats n’étaient pas bons. La tumeur qui dépassait le sein faisait peur. »

 

Comment avez-vous vécu le diagnostic de l’annonce de la maladie à l’annonce de la rémission ?

« C’est mon médecin généraliste qui m’a annoncé les résultats et expliqué le déroulement de la procédure. En sortant, j’avais l’impression d’avoir reçu un coup de marteau sur la tête. J’ai eu le sentiment d’être dans une bulle. J’étais comme spectatrice. Je n’étais pas là, j’étais invisible. Ce qui m’arrivait était-il vrai ? Ce sentiment ne m’a pas quitté jusqu’à ma première chimiothérapie. Cette première séance a été terrible. Pour moi, la chimiothérapie était comme un viol. On introduisait un produit dans mon corps et je le sentais m’envahir. C’était horrible. J’ai eu un gros problème de relation avec mon corps. Il me faisait extrêmement souffrir. Il était comme étranger à moi. La perte de mes cheveux a été une étape très difficile en ce sens. Ça fait partie des images que je ne pourrai jamais oublier. Pendant mon traitement, la seule position qui me convenait était celle du fœtus. Je me recroquevillais sur moi, comme si j’étais dans l’attente de. Je n’avais pas l’impression de faire partie de cette vie-là. Je voyais ce corps qui se contractait, se figeait, je n’en avais pas envie. Je ne voulais pas de tout ça. Avant mon diagnostic, je pratiquais diverses activités liées au bien-être telles que le yoga et la méditation. Après ma troisième séance de chimiothérapie, j’ai ressenti le besoin d’aller à un cours de yoga. J’ai découvert que c’était un réel plaisir de pratiquer, même épuisée. Il y avait un abandon total de mon corps. C’est là que j’ai pris conscience que j’étais dans le déni. Je refusais ce que mon corps m’imposait et j’avais peur de la maladie. Cette peur m’empêchait de vivre normalement avec un corps meurtrit qui souffre et qui se bat. J’ai aussi réalisé que j’avais une souffrance à la fois physique et psychologique que je créais moi-même. Par le biais du yoga, j’ai réussi, petit à petit, à m’accepter et à accepter ce corps qui me faisait souffrir. Ça m’a vraiment beaucoup aidée. La maladie était pour moi une expérience que je ne voulais pas négliger pour progresser. Deux choix se présentaient à moi : soit je me considérais comme une victime, soit je profitais de cette épreuve pour construire quelque chose. J’ai donc lâcher prise. A partir de là, j’ai commencé à voir ma maladie différemment. Le 13 décembre 2007, j’ai eu ma mammectomie. C’était un nouveau défi. L’annonce de l’ablation totale a été très dur. Voir un corps mutilé en se regardant dans le miroir fait un drôle d’effet. On n’est plus une femme. Mais malgré tout, j’étais en vie. Et ça c’était le plus important. J’ai ensuite enchaîné sur la radiothérapie. C’était épuisant mais je savais que c’était la dernière étape. C’était la fin de la maladie. Cette idée me confortait. »

 

Aujourd’hui, quelle est votre situation ? Qu’est ce qui a changé dans votre vie personnelle, familiale et professionnelle ?

« Il m’a fallu deux ans pour accepter et faire mon deuil avant d’envisager une reconstruction mammaire.  Avant ma maladie, je suivais une formation de professeur de yoga sur cinq ans. A l’annonce du diagnostic, il me restait une année. Une fois mon traitement terminé, je l’ai immédiatement reprise. Le yoga m’avait tellement aidée tout au long du protocole que je voulais à mon tour aidé les autres malades. C’est un peu par hasard que j’ai découvert le comité départemental de la Ligue contre le cancer. Il souhaitait déployer ses activités. J’ai donc obtenu mon certificat de professeur de yoga pour pouvoir y enseigner. Pour moi, je n’ai pas eu cette maladie par hasard. Elle m’a apporté énormément tant sur le plan psychologique que physique. J’ai appris ce que c’était que d’être vulnérable. Le cancer m’a permis d’apprendre qui j’étais réellement. »

 

Avez-vous un message à adresser aux femmes ?

« Le dépistage est extrêmement important. En quelques jours, tout peut évoluer tellement rapidement. Le dépistage est gratuit. Il ne faut pas hésiter un seul instant, faites-le. Pour les femmes en cours de traitement, le yoga est un très bon outil. Il m’a transformé et m’a permis d’être à l’écoute de moi, de mes émotions et de mon corps. Ça m’a permis d’accepter ce qu’il y avait à l’intérieur de moi. Aujourd’hui, j’ai une chance incroyable d’être ici, en vie. Je vois les femmes malades qui arrivent à mes cours de yoga et qui repartent après. Leurs visages sont différents. C’est extrêmement gratifiant. Elles m’apportent tellement. C’est une véritable transmission relationnelle. »