Chronique 22. Ce que nous enseignent les cohortes E3N+E4N sur les risques de cancers.

La cohorte E3N est une étude épidémiologique auprès de femmes de la MGEN (Mutuelle Générale de l’Education Nationale). Le premier recueil est de 1990 et le dernier de décembre 2014. Le nombre d’individus est de 100 000. Le recrutement a été fait par envoi d’un courrier d’information MGEN-Inserm accompagné d’un questionnaire d’inclusion à toutes les femmes adhérentes à la MGEN (Mutuelle Générale de l’Education Nationale), nées entre 1925 et 1950.

L’objectif étant la recherche de facteurs de risque (mode de vie, alimentation, prise de traitements hormonaux…) des cancers et des pathologies chroniques chez la femme.

La suite étant l’étude E4N (2011-2019) qui a pour but d’étudier la santé en relation avec le mode de vie moderne chez des personnes d’une même famille, sur trois générations. 20 000 pères sont inclus ; 50 000 enfants et  20 000 petits-enfants sont attendus (1)

 Concernant le cancer du sein, il en ressort :

–  l’importance de limiter les comportements à risque. Bougez et mangez léger

– le risque d’une consommation non modérée d’alcool

– la relation survie et obésité : Les femmes dont la corpulence  a le plus augmenté à l’âge adulte ont un risque accru de récidive du cancer du sein. 

– la prise de complément en vitamine D : elle entraîne une diminution du risque de cancer du sein mais seulement pendant la prise de traitement hormonal de la ménopause.

– l’analyse des données de la cohorte E3N ne retrouve pas d’effet protecteur des bisphosphonates, médicaments utilisés contre l’ostéoporose, vis-à-vis du risque du cancer du sein.

Le cancer colorectal

Alimentation : limiter la viande rouge et les charcuteries

Cancers cutanés

L’endométriose (une maladie gynécologique qui touche une femme sur dix en âge de procréer) semble associée au mélanome.

Cancer de la thyroïde

La présence chez les femmes de quantité importante de naevi (grains de beauté) entraîne un risque accru de présenter un cancer de la thyroïde.

Des fruits et légumes pour vivre plus longtemps. Rôle des anti-oxydants. L’étude E3N conclut que plus l’alimentation est riche en anti-oxydants, plus le risque de décès toutes causes confondues est faible. Les anti-oxydants sont des molécules nombreuses dans les fruits, les légumes, le thé, mais aussi dans le vin rouge et le chocolat noir. Le café est également bénéfique pour la santé.

Privilégier l’apport de vitamine C présent dans l’alimentation plutôt que sous forme de complément alimentaire.

Message. A partir des recommandations du Fond Mondial de Recherche contre le Cancer (2)

  • La corpulence : être aussi mince que possible dans les limites de la fourchette du poids normal.
  • L’activité physique : être physiquement actif au quotidien. Se fixer un objectif de 60 minutes ou plus d’activité modérée par jour. Limiter les activités sédentaires.
  • Les aliments et les boissons favorisant la prise de poids : limiter la consommation d’aliments à forte teneur énergétique. Eviter les boissons sucrées. Éviter autant que possible les plats préparés par la restauration rapide.
  • Les aliments d’origine végétale : consommer principalement des aliments d’origine végétale. 400g minimum de fruits et légumes non féculents ; et 25g de céréales ou légumes secs peu transformés par jour.
  • Les aliments d’origine animale : limiter la consommation de viande rouge à moins de 500g par semaine.
  • Les boissons alcoolisées : limiter les boissons alcoolisées à 1 boisson par jour pour les femmes et à 2 boissons pour les hommes.
  • La conservation, la préparation et la transformation : limiter la consommation de sel à moins de 6g par jour. Ne pas consommer de céréales (graines) ou de légumes secs moisis.
  • Les compléments alimentaires : chercher à satisfaire les besoins nutritionnels par l’alimentation.
  • L’allaitement : les mères doivent allaiter. Les enfants doivent être si possible nourris au sein pendant 6 mois.
  • Les personnes diagnostiquées d’un cancer : suivre les recommandations pour la prévention du cancer concernant le poids optimal et l’activité physique.

 

Références

1-e3n+e4n, vous, votre famille et votre santé. Une cohorte familiale pour la recherche en santé, juin 2018

2-Femmes en question. Etude épidémiologique auprès de 100 00 femmes de la MGEN. E3N, n°10 septembre 2014

Norbert Latruffe

Professeur Émérite à l’Université de Bourgogne, Dijon

Chercheur bénévole au laboratoire de Biochimie