Chronique 24. Les espoirs de l’immuno-oncologie (suite) : confirmation après les Prix Nobel 2018

Il y a un an, ma chronique # 14 relatait les espoirs de l’immunothérapie.

Le prix Nobel de médecine et physiologie a été attribué lundi à deux immunologistes, un Américain, le professeur  James P. Allison, 70 ans (Austin, Berkeley, New York) et un Japonais, le professeur Tasuku Honjo, 76 ans (Tokyo, Osaka, Kyoto), pour leurs travaux sur la capacité du corps à lutter contre les cancers virulents comme celui du poumon et le mélanome (1).

Alors que depuis un siècle, l’immunothérapie contre le cancer faisait des progrès « modestes », les co-lauréats du prix Nobel de médecine 2018 l’ont « révolutionnée », offrant aux malades un espoir nouveau, a indiqué dans ses motivations l’Assemblée Nobel de l’Institut Karolinska à Stockholm.

Ils ont mis au jour les stratégies des cellules cancéreuses pour contourner et ou pour bloquer les protéines PD-1 et CTLA-4 (2) qui freinent la réaction des cellules sanguines T, notamment au niveau des points de contrôle immunitaires, ces lymphocytes T étant les soldats du système immunitaire censés combattre la tumeur. De façon imagée cet effet n’est pas « le pied qui appuie sur l’accélérateur mais le pied levé de la pédale de frein »

La mise au point des anti PD-1 et CTLA-4 (ipilimumab) s’est avérée efficace notamment contre le mélanome, un cancer très agressif de la peau qui tuait 50% des malades en moins d’un an après le diagnostic. Alors qu’aujourd’hui des patients ont des rémissions de plus de dix ans.

Figure 1 (ci-dessous). L’immuno-oncologie fait intervenir le blocage des interactions Lymphocytes T (LT)/ Cellules dendritiques (CPA) ; LT/Lymphocytes T régulateurs ; et LT/cellules cancéreuses grâce aux anticorps anti CTLA-4, anti PD-1 et anti C25.

 À l’annonce du Nobel, on a cité comme exemple le cas de l’ancien président américain Jimmy Carter (94 ans), aujourd’hui remis d’un cancer métastasé après avoir suivi un traitement à base de pembrolizumab,un anticorps ciblant la protéine PD-1.

Où encore : un membre du club de golf du Pr Honjo qu’il ne connaissait que de vue, l’a abordé un jour pour lui dire: « J’avais un cancer du poumon et je pensais jouer ma dernière partie de golf mais grâce à votre traitement je peux jouer à nouveau ».

– La bi-immunothérapie se développe (association d’un anti CTLA-4 avec un anti-PD-1 dans le mélanome métastatique), avec 55% survie à 2 ans mais avec une toxicité cumulée (3).

Rappelons (cf. chronique # 14, nov 2017) que le système immunitaire est une barrière particulièrement efficace et spécifique de neutralisation d’agents pathogènes. Les armes sont les anticorps qui vont reconnaître des antigènes. Le système immunitaire sait différencier le soi (propres composants et cellules de l’organisme) du non soi (éléments étrangers). Aussi, lorsque des cellules normales deviennent transformées, comme c’est le cas des cellules cancéreuses, elles deviennent étrangères à l’organisme. La stratégie de l’immuno-oncologie est de neutraliser les cellules tumorales par les anticorps.

La chirurgie, la chimiothérapie et la radiothérapie demeurent toujours l’arsenal thérapeutique classique. Quant à l’immunothérapie, encore d’un coût très élevé, c’est une thérapie ciblée qui n’est efficace que chez des sous-groupes de patients identifiés.

Glossaire :

– Ipilimumab= anticorps ciblant la protéine CTLA-4.

– Pembrolizumab= anticorps ciblant la protéine PD-1.

 

Références

1-Le Monde Science et Médecine, mercredi 3 octobre 2018

2-Leach DR, Krummel MF, Allison JP. Enhancement of Antitumor Immunity by CTLA-4 Blockade. Science, 1996, no 271 : 1734-1736.

3-Chowdhury PS, Chamoto K, Honjo T Combination therapy strategies for improving PD-1 blockade efficacy: a new era in cancer immunotherapy. J Intern Med. 2018, Feb;283(2):110-120.

Norbert Latruffe

Professeur Émérite à l’Université de Bourgogne, Dijon

Chercheur bénévole au laboratoire de Biochimie